|
TUNIS LE 29 SEPT 2018
" Drones et robots pour la paix "
DISCOURS DE
FATEMA BINET OUAKKA
Monsieur le Ministre des Affaires Culturelles de Tunisie
Monsieur le Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du
Quatar
Monsieur le Président de l’Institut Arabe des Droits de l’Homme
Madame la représentante du secteur des Sciences Sociales et Humaines de
l’UNESCO
Monsieur le Président de la Conférence Internationale des ONG,
Comité de
Liaison UNESCO/ONG
Mesdames, Messieurs,
La Journée Internationale de la Paix symbolise notre
aspiration commune à
mettre fin aux conflits sous toutes leurs formes et à protéger les droits de la
personne pour toutes et tous.
C’est avec un grand plaisir que nous la célébrons ici à Tunis avec des
lauréats du prix Nobel de la Paix 2015 que certains d’entre nous ont rejoint
en 2017 avec le prix Nobel attribué à la campagne "I CAN" du traité
d’Interdiction des Armes Nucléaires.
C’est une occasion de faire cesser la violence et les conflits dans le monde
entier, il importe de la faire connaître et observer le plus largement possible
au sein de la communauté mondiale.
Chaque année les manifestations sont plus variées et plus nombreuses.
A l’UNESCO le projet présenté en décembre 2016 à la conférence
internationale des ONG "Drones et robots pour la paix" accepté par le
comité de liaison a rapidement obtenu le soutien d’une cinquantaine
d’ONG.
Des équipes de tout pays, notamment des équipes de jeunes, ont
été sollicitées pour élaborer des oeuvres plastiques autour du thème des
robots et des drones pour la paix.
Notre ami vidéaste et militant de la paix de
longue date Claude Yvans nous présentera ce matin le film réalisé à partir de
toutes les contributions reçues et vous permettra d’être le témoin d’un travail
d’éducation et de création à la paix d’équipes de 14 pays de plusieurs
régions du monde.
C’est un apport original des ONG à la finalité de
l’UNESCO qui est d’élever
dans l’esprit des hommes les défenses de la paix. Pendant un an et demi le
groupe d’ONG s’est réuni chaque mois avec des représentants du comité de
liaison pour adapter et enrichir le projet et ont sollicité leurs organisations
locales de plusieurs pays pour présenter des oeuvres.
"fin citation " Projet "drones et robots
pour la paix" présenté par Michel Thouzeau
coordinateur du projet.
Ce n'est pas sans émotion que
je m'adresse à tous ces
enfants
Regard que l'on porte sur la langue des signes.
Proposer à des enfants sourds marocains, une question
qui
a été posée de manière très générale a des enfants du
monde entier dans le cadre des activités de AIAP ONG
partenaire officiel de l'Unesco.
Plus précisément, il s’agit
de la Journée Mondiale de la Paix 2017 qui consiste à
faire réfléchir des enfants, quel que soit leur identité, sur
une question d’actualité. Et cela, même s’ils connaissent
mal cette question, l’important étant d’élargir l’imaginaire
des enfants et de leur faire découvrir des problèmes qu’ils
ignorent pour la plupart d’entre eux. J’ai pris l'initiative
une, de faire réfléchir des enfants sur l'usage des drones
en faveur de la paix, l’événement se nomme :
ENSEMBLE POUR L’ART,
ENSEMBLE POUR LA PAIX,
LES ENFANTS S'ENGAGENT…
LES DRONES ET ROBOT POUR LA PAIX
Devant la multiplication des usages militaires des drones
qui sont à la fois des moyens d'observation, mais
également des moyens de neutralisation de
combattants, une nouvelle question se pose :
peut-on
imaginer d'autres usages des drones qui consoliderait la
paix ?
Comment un enfant qui, la plupart du temps, n'a
jamais vu de drone, pourrait-il dessiner des drones qui
pourraient avoir pour finalité de créer des conditions de
paix ou de consolider la paix entre des groupes
antérieurement antagonistes ?
J'ai donc été contactée
afin de mener à bien ce projet, puisque déjà intervenue dans plusieurs écoles rurales de la
région des Aît Sadden à l'est de la ville de Fès ainsi que, plus récemment dans la ville de Salé,
consulat du Maroc à Pontoise.
J'ai apporté mes connaissances et mon expérience, parfois du
matériel, afin de permettre à des enfants d'enrichir leur
imaginaire en maîtrisant des outils de communication par
l'image dont ils n'avaient pas antérieurement la maîtrise.
Proposer à des enfants la création de machines
nouvelles sur le modèle de ce qui avait été fait jadis par
Léonard de Vinci, fut un thème qui apporta beaucoup
de surprises devant la diversité des propositions faites.
Cela n'a l'air de rien, mais l'enfant qui participe à de telles
manifestations en sort profondément transformé puisqu'il
prend conscience de ses capacités tout comme il est
amené à porter un regard nouveau sur des réalités
étrangères dont il n'avait aucune connaissance
antérieurement.
C'est la conception même de l'identité
qui est alors remise en cause. L'enfant qui se joint à
d'autres enfants de culture ou de milieux sociaux
différents de ceux qu'il connaît, par ses créations est
valorisé et reconnu pour ses capacités créatives.
Enfants Amazighophone dans des milieux citadins
arabophones.
On voit donc l'ambition multiple de ce projet qui vise à
consolider, par la découverte de techniques nouvelles
d'expression ou par l'appropriation de potentialité
nouvelles de leur imagination, l'image que les enfants
sourds se font d'eux-mêmes.
Ces enfants peuvent ainsi
changer l'image qu'ils se font non seulement
d'eux-mêmes, mais également des autres.
Nous avons donc, montré à ces enfants des images de
drones civils et militaires, mais également de drones qui
ont des usages explicitement pacifiques. Par exemple, il
existe des drones lumineux qui produisent dans le ciel
nocturne des images colorées très différentes de celles
créées par les feux d'artifice de jadis.
On a également
aujourd'hui des drones peintres qui peuvent créer des
images monumentales dans des espaces où l'homme a difficilement accès. La question posée aux
enfants
marocains lors de cette opération intitulée :
Drôle de paix, drones de guerre,
drones pour la paix,
sera plus ambitieuse : peut-on imaginer que ces
nouveaux outils que sont les drones, puissent devenir des
créateurs de paix ?
Rien n'empêche, en effet de doter
très rapidement ces outils d'intelligence artificielle afin de
les faire agir de manière autonome, peut-être même afin
de les faire coopérer entre eux au service d'une humanité
dont les divers groupes pourraient être ainsi appelés à unir
leurs efforts vers des projets communs.
On se souvient que l’astronaute Thomas Pesquet vient de
rentrer sur la terre. Il a fait, au cours de son séjour dans la
capsule spatiale de nombreuses photographies de la
terre, en particulier du Maroc. On y perçoit nettement les
changements climatiques en cours en voyant des zones
abandonnées récemment par les hommes. En janvier
dernier, j’ai rencontré un autre astronaute, Michel
Torrignini qui m’a dit la même chose.
Les drones ne volent pas à une telle distance, mais ils
permettent eux aussi, de changer plus que le simple
regard les représentations intellectuelles.
Ce que ces astronautes ont vu, les enfants devront
l'imaginer à des distances plus réduites. Mais là n'est pas
l'essentiel puisqu'un drone n'est pas seulement une
machine destinée à voir. On pourrait même penser à
créer des drones qui seraient volontairement dépourvus
d'un ou de plusieurs organes des sens afin d'observer comment ils évolueraient individuellement ou
collectivement.
Mais avant d'aller aussi loin, il convient de se
demander si
les drones ne peuvent pas, dans un avenir proche, rendre
des services qui obligeraient des groupes hostiles à
coopérer afin qu'un bien commun à tous les deux puisse
exister et perdurer.
C'est à cette condition que les drones,
débarrassés de tout usage militaire, voire terroriste,
pourrait contribuer à amener l'humanité à construire des
relations plus solidaires, donc porteuses d'épanouissement
pour les individus en ce qu'ils deviendraient respectueux
les uns des autres.
Voilà comment, avec une population nouvelle, une
aventure originale peut se développer au cours de cette
année. Bien évidemment, ceci suppose que chez les
enfants sourds eux-mêmes un désir de paix se soit
développé. Mais l'événement auquel a contribué la
Fondation pour enfants et jeunes sourds aurait aussi
comme but de renforcer ce désir chez les jeunes qui vont
être nos collaborateurs. ils vont être appelés à cultiver en
eux ce qu'ils ont de meilleur et que nous partageons tous
lorsque nous cherchons à donner forme au plus, aux
aspirations de notre humanité commune.
Nous espérons ainsi que chacun de ses enfants sourds, qui
sont également nos enfants, pourront ressentir au plus
profond d'eux-mêmes cette paix du coeur et de l'esprit
qui font ensuite la grandeur des meilleurs d'entre nous.
C'est par cette paix présente au fond de nos esprits que
nous pouvons collaborer avec d'autres hommes différents
de nous, quelles que soient ces différences.
C'est également ce sentiment profond de sérénité qui
nous rend responsables des autres et qui peut nous
amener à cultiver en chacun ce désir de paix afin de le
faire fructifier et rayonner.
Mark Twain ne disait-il pas que la gentillesse est le
langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle
peut voir. Il existe des valeurs morales qui nous permettent
de dépasser l’idée même de handicap.
L'initiative de permettre à cette manifestation d'exister
tout simplement et de nous faire prendre conscience que
ce qui est dit ici avec des mots pourrait également l'être,
mais d'une tout autre manière, par des gestes, des
mimiques ou des attitudes utilisant des mouvements
porteurs de sens.
 

|