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DISCOURS
26 NOV 19 A FMDM
Mesdames,
Messieurs bonsoir,
Mes remerciements vont à :
Monsieur le directeur de la Fondation Maison du Maroc, Mohamed
Boussetta, qui nous accueille à l'occasion de la traduction en arabe
de mon livre Tunaruz, la porteuse d'espoir,
Monsieur Mohamed Baddich qui m'a accompagnée tout au long de
la préparation de cette rencontre,
Monsieur Lahcen Tabli et
Madame Nadia Slimani,pour LEUR efficacité.
Je remercie également tous mes invités présents dans cette salle,
Merci aux représentants des médias, en particulier les journalistes à
l’agence MAP qui a informé nos concitoyens marocains tout au long
du lancement de ce nouveau livre,
Merci aux intervenants d’avoir accepté de venir et de contribuer par
leurs témoignages et leurs talents au succès de cette soirée.
En espérant que vous apprécierez l’aventure qui fut celle de Tunaruz,
la porteuse d’espoir.
Mesdames et Messieurs,
Je suis née dans le territoire des Aït Sadden, jadis une tribu,
arabophone, cela, il y a une dizaine de siècles, mais devenue
tamazightophone lorsque le Makhzen marocain l’a déplacée, il y a
cinq siècles pour en faire une protection de la ville de Fès au-delà de
celle qui était assurée par les tribus guich ( MILITAIRES).
Les premières femmes que j'ai admirées furent mes grands mères et
ma mère, en raison de l’éloignement de mon père militaire parti
découvrir le vaste monde lors de la Seconde Guerre mondiale et par
la suite avant de rejoindre les FAR en 1956.
Ces femmes ont donc joué un rôle essentiel dans la préservation de
la culture qui fut la nôtre. Et cela fut très important puisqu’elles nous
transmettent un capital technique éprouvé par des milliers de
personnes au cours des siècles précédents et sans cesse renouvelé et
surtout un capital culturel de nature oral. Leurs présences me
donneront ma première identité, mais surtout me conforteront dans
cette idée que j’étais un des maillons qui tissent l’histoire de mon
pays entre passé sans cesse bouleversé et des futurs toujours
indéterminés.
La vie m’a ensuite fait connaître diverses épreuves que je ne pouvais
exprimer par la parole ou par l’écriture. Aussi me suis-je emparée
d’un autre médium pour dire sans dire explicitement, celui de la
peinture. Et un jour, lorsque j’ai compris que je ne pouvais pas
toujours produire des images dont la complexité formée et colorées
ne pouvait exprimer ce que je ressentais, j’ai choisi de livrer par
l’écriture ce qui échappait à la peinture. Sans toutefois jamais dire
vraiment ce dont je témoignais indirectement par la peinture puis par
l’écriture.
En utilisant ce second médium, j’ai eu la souvenance de ces
paysages pour moi aujourd’hui insolites qui furent mon premier
terreau et cela au détour d'un son, d'un mot de la langue tamazight
ou ou d'une petite phrase, peut-être aussi parfois d'un parfum oublié.
J'ai senti monter en moi de grandes bouffées de souvenirs que je
créais peu à peu, souvenirs devenus sans doute plus réels que la
réalité que j’avais vécue. Et ce sont toutes ces reconstructions que j’ai
voulu restituer dans ce livre. J'ai vu à la relecture de ce texte que
j’avais su conserver certaines de mes réactions de petite fille, celles
que j’avais réussi à apprivoiser Sans les oublier pour autant.
J’ai ainsi réussi à garder le fil reliant les nouvelles générations aux
anciennes en instaurant un dialogue, souvent par-delà la mort, entre
les mondes disparus et ceux qui ne sont pas encore nés.
Ce fut un voyage dont les échos se reflètent dans de nombreux
visages qui surgissent aujourd’hui des montagnes du Maroc, alors que
retentissent les chants venus des hauteurs.
Ce roman qui a la vérité autofictionnelle est ainsi inspiré d'histoires
vraies ou en partie romancées, nourri de mon enfance au Maroc
dans ce Moyen-Atlas. Il est aussi un récit écrit en hommage à toutes
les petites Tunaruz en devenir au Maroc, ces petites filles rêvant de
réaliser leur vie telles qu’elles l’imaginèrent. Mon but, il faut être clair,
n’est pas de parler de moi, de présenter enfin les raisons réelles de
mon départ qui demeurent tues, il fut de nourrir chez d'autres petites
filles l'espoir d'un avenir meilleur débarrassé des cauchemars produits
par la volonté de domination. Je souhaite semer dans leur tête des
rêves en couleur, des rêves de liberté. C'est la raison pour laquelle j'ai
écrit ce livre dans lequel on trouvera des dizaines de témoignages
même si ce roman n’a pas la prétention d'être un roman
d'apprentissage. Je n'y donne pas directement de leçons, sinon mes
leçons de vie, de fierté, de respect, de courage. Je souhaite d’abord
permettre aux rêves de se réaliser afin qu’apparaissent des vies
pleines de densité, de richesse, d'amour de la nature, des animaux,
de la terre mère, de la connaissance pour ne pas rester dans
l'ignorance. Encore aujourd’hui, trop d’enfants proches de Tunaruz
doivent vivre en silence sans pouvoir verbaliser ce que leur corps
gardait comme trace de souffrances endurées. Aujourd'hui, le temps
est venu où j'ai écrit toutes ces souffrances apparues dans l'enfance
des petites Tunaruz. Avant, je peignais sur toile les échos des effets de
mon départ. Maintenant, j’ai écrit les causes lointaines de cet
éloignement. Restera à dire un jour, car je ne veux pas mourir dans le
silence des siècles, ce qui rendit nécessaire l’exil. Mais avec quel
médium ?
Je vous remercie
FATEMA OUAKKA













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