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CONFÉRENCE PAR FATEMA BINET OUAKKA A L'école MBA ESG
Etudes en spécialité droit des affaires-Juriste d'entreprise,
dans le cadre de leur formation.
THEME : L'éducation des filles au XXIe siècle
Fatema Binet Ouakka
Artiste plasticienne
...
Présentation de la conférence
Je suis originaire de la tribu des Aït Sadden qui se trouve dans la Région de
Fès-Boulmane
au Maroc.
Au début de ma vie professionnelle, j’ai été militaire engagée dans les Forces Auxiliaires
Royales au Maroc, plus particulièrement chargée des affaires sociales à Fès, Puis je suis
devenue peintre après une formation à l’École des Beaux-arts de Versailles (78, France) et à
l’École du Louvre. C’est ainsi qu’en 2013, j’ai été choisie, en tant qu’artiste, pour représenter,
les 22 pays du groupe arabe auprès de l'UNESCO à l’occasion de la célébration de la
Journée Internationale de la Femme.
Je suis également diplômée en Psychologie et physiologie de l’Institut Pierre et Marie Curie
(Paris).
Aujourd’hui, je suis membre de l’AIAP – CNFAP, une ONG chargée de participer, à son
niveau, à des initiatives de paix et favorisant la santé dans le monde. Cette association
décerne le prix de la solidarité et du dévouement. Cette ONG est partenaire de l’UNESCO et
assure une forme de diplomatie culturelle qui a accompagné diverses opérations de
développement.

J’accompagne actuellement un groupe de 5 étudiants de l'école MBA ESG, qui
suivent leurs
études en spécialité droit des affaires-Juriste d'entreprise. Ils doivent réaliser un projet dans
le
cadre de leur formation. Ils avaient choisi de produire une conférence sur le thème de
l'éducation des filles au XXIe siècle et ils avaient décidé d’interroger des représentants de
l'UNESCO à Paris.C’est ainsi qu’ils ont rencontré Docteur Martine Pasquet ; Secrétaite
générale executive AIAP. Elle a évoqué mes activités et leur a recommandé de me
rencontrer. C’est ainsi que ces étudiants ont pu connaître mon expérience, ce qui pourrait les
aider à imaginer et à concrétiser de nouvelles actions menées dans le cadre de l’éducation
des filles ou de femmes.
La conférence prévue par ces étudiants aura lieu le mardi 26 mai 2015 au sein de leur
établissement scolaire, 35 avenue Philippe-Auguste, 75011 Paris.
Les MBA spécialisés ESG sont des formations d’un ou deux ans, permettant soit
d’acquérir
une double compétence, soit de se spécialiser dans un domaine donné, soit de se réorienter.
Plus de 13 000 étudiants ont ainsi grâce aux MBA ESG réussi leur insertion professionnelle.
La pédagoLes MBA spécialisés ESG sont des formations d’un ou deux ans, permettant soit d’acquérir
une double compétence, soit de se spécialiser dans un domaine donné, soit de se réorienter.
Plus de 13 000 étudiants ont ainsi grâce aux MBA ESG réussi leur insertion professionnelle.
La pédagogie de l’école laisse une large place à des projets concrets en partenariat avec
des entreprises, animés par des enseignants issus du monde professionnel.
Durant la formation, les associations étudiantes des MBA ESG permettent d’être en
responsabilité de budget et de mener des actions en autonomie. Les étudiants de
l’association humanitaire ont ainsi participé à l’organisation du Téléthon de la communauté
financière en partenariat avec le Crédit Agricole CIB. Des modules de création et reprise
d’entreprise sont proposés dans le cadre d’électifs et en 2012 l’incubateur Ambition MBA ESG
a été créé pour accompagner individuellement des créateurs d’entreprises.
Notre volonté est également de renforcer les compétences et la responsabilité managériale
de nos futurs diplômés en mettant en avant des valeurs de solidarité. Des séminaires sont ainsi
proposés avec le Cours Florent et nos étudiants ont la possibilité de passer les labels
Handimanager et Ega-Pro HF manager en partenariat avec l’association Companierosgie de l’école
laisse une large place à des projets concrets en partenariat avec
des entreprises, animés par des enseignants issus du monde professionnel.
Durant la formation, les associations étudiantes des MBA ESG permettent d’être en
responsabilité de budget et de mener des actions en autonomie. Les étudiants de
l’association humanitaire ont ainsi participé à l’organisation du Téléthon de la communauté
financière en partenariat avec le Crédit Agricole CIB. Des modules de création et reprise
d’entreprise sont proposés dans le cadre d’électifs et en 2012 l’incubateur Ambition MBA ESG
a été créé pour accompagner individuellement des créateurs d’entreprises.
Notre volonté est également de renforcer les compétences et la responsabilité managériale
de nos futurs diplômés en mettant en avant des valeurs de solidarité. Des séminaires sont ainsi
proposés avec le Cours Florent et nos étudiants ont la possibilité de passer les labels
Handimanager et Ega-Pro HF manager en partenariat avec l’association Companieros.
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Le texte que j’ai préparé pour lancer des discussions à l’occasion de la
conférence pr mardi
26 MAI 2015 prochain.
Le projet de conférence
Pour examiner la question proposée, je présenterai deux points. Tout d’abord, je
résumerai la
question de l’enseignement telle qu’elle se pose actuellement dans mon pays le Maroc. La
question est complexe et il faut éviter les jugements simplistes.
Ensuite, dans une seconde partie, plus personnelle, j’exposerai ce que j’ai fait tout
récemment, en avril 2015, dans ma région d’origine au Maroc avec des femmes et des
petites filles, ce qui n’est qu’un exemple, parmi bien d’autres, de ce que des personnes
appartenant à la société civile peuvent apporter à l’action des fonctionnaires de l’État afin
de transformer positivement le processus d’éducation.
J’appartiens à un groupe humain où l’éducation formelle, en dehors du cadre
familial ou
artisanal, n’existait pas autrefois. Il en était d’ailleurs de même pour les garçons qui ne purent
entrer à l’école primaire que depuis les années 1920 et au collège qu’à partir des années
1930. Auparavant, la seule scolarisation qui existait était l’apprentissage de la lecture, pour
certains de l’écriture et du calcul au moins pour les chiffres allant jusqu’à la centaine. Ceci se
faisait dans une école appelée coranique par des procédés seulement mnémotechniques
ne faisant jamais appel à l’expérimentation, à l’analyse rationnelle ou au sens critique.
D’ailleurs beaucoup de femmes ou de filles n’avaient pas accès à ce type de formation, ce
qui fait qu’il existe toujours aujourd’hui des femmes analphabètes, ce qui a pratiquement
disparu pour les hommes.
Il existe donc toujours, pour cette raison, un problème spécifique d’éducation
pour les
femmes plus que pour les petites filles qui sont maintenant scolarisées. Mais si elles le sont
dans le primaire, elles accèdent difficilement au collège (pour des raisons financières,
d’éloignement des établissements, d’absence de WC spécifiques également) et encore
moins au lycée. Et cette déperdition continue à l’université, ce qui n’a pas empêché des
femmes particulièrement tenaces de mon groupe d’origine de faire des études supérieures
et de devenir, pour certaines, professeurs d’université.
Pour les femmes adultes, la question est celle de l’alphabétisation, un préalable à
l’autonomisatikon de ces personnes, à leurs possibilités de voyager ou de développer des
micro-entreprises. Ceci se fait aujourd’hui par un programme du ministère des questions
islamiques qui utilise la télévision et les mosquées à cette fin. D’autres institutions ont
également des actions dans ce domaine.
Les questions sont donc claires, une fois qu’on a décidé d’introduire, à côté de
l’enseignement religieux préalable, un enseignement à fondement rationnel. Il s’agit de
savoir quels moyens on se donne pour faire entrer dans ces nouvelles structures des garçons
ou des filles. Qui choisit-on ? Les fils ou les filles des gros propriétaires terriens seulement
ou
également des enfants issus de milieux défavorisés ? Avec un taux actuel en 2015 de 94 %
(91 % en milieu rural), on est maintenant proche de la généralisation de l’enseignement avec
une augmentation de 10 % par rapport à l’an 2000.
Ensuite que fait-on pour garder ces enfants dans les cycles successifs de
formation ? Y aura-til
un ramassage scolaire, éventuellement une cantine, des internats, voire des bourses pour
les plus méritants ou pour tous ceux qui viennent de familles défavorisées ? À 12 ans, il n’y a
plus que 79 % d’enfants scolarisés (59 % en milieu rural). On a déjà perdu 15 %. Cela signifie
qu’au Maroc, chaque année 340 000 élèves quittent l’enseignement primaire ou la collège.
La perte est de 32 % en milieu rural. Ce qui est grave, c’est que les pertes sont bien plus
considérables pour les filles que pour les garçons. Que peut-on faire pour récupérer ces
exclus et les remettre dans le système scolaire ou dans des systèmes qualifiants dans le
domaine technique ? Des mesures ont été prises, Initiative Nationale pour le Développement
4
Humain, Plan d’Action National pour l’Enfant, Programme d’urgence MEN, plans stratégiques
du ministère du développement social, ce qui s’appuie sur la Convention des Droits de
l’Enfant, mais cela ne change rien au fait que les enfants vulnérables sont surtout des filles.
Ensuite dans quelle langue ces enfants seront-ils scolarisés puisque la langue parlée dans les
familles est la langue tamazight ? Cette langue est certes reconnue comme étant une
langue nationale par la Constitution, mais dans les faits, elle n’existe pratiquement pas
puisqu’elle n’est pas couramment utilisée, à commencer par le Parlement. Or la
généralisation de l’enseignement dans les langues localement parlées par les familles a été
décidée en 2003. Douze ans après, rien, pratiquement, n’a été fait. Les enfants sont toujours
scolarisés dans une langue étrangère à celle qu’ils connaissent, ce qui est un handicap par
rapport aux enfants des villes qui ne connaissent pas ce traumatisme linguistique.
Mais l’éducation n’a pas que des indicateurs quantitatifs. Il faudrait aussi
vérifier,
qualitativement, ce que savent les élèves, garçons ou filles, à un âge donné, donc ce qu’est
la qualité des méthodes pédagogiques et la motivation des enseignants ou leur propre
formation. Car des différences considérables peuvent exister entre l’enseignement étranger
au Maroc et l’enseignement marocain, l’enseignement privé et l’enseignement public,
l’enseignement citadin et l’enseignement rural (surtout là où les instituteurs sont souvent
absents). Certains élèves ont des acquis qu’ils peuvent perdre rapidement, y compris la
lecture ou l’écriture s’ils ne sont pas consolidés. Et là aussi, les filles sont plus vulnérables
que
les garçons, ce que l’on voit dans les chiffres des abandons, redoublements et échecs
scolaires. Par exemple, le taux d’abandon scolaire au primaire est de 5,7 % (6,5 % pour les
filles), Il est vrai que les filles redoublent moins que les garçons, car elles travaillent plus,
mais
ne peuvent continuer leurs études à causes des obstacles existant dans les familles.
Voilà les questions fondamentales posées. La petite fille est face à de multiples contraintes.
Certes, l’école marocaine est gratuite, mais si la famille est pauvre, comment financer les
frais de scolarité (manuels scolaires et habillement) ? S’il n’y a pas d’école dans le village
même (la non disponibilité d’une école proche touche 0,5 des citadins et 14,5 % des ruraux),
qui prend en charge le transport ? Et si un enseignement préscolaire se met en place dès 4
ou 5 ans, les filles, surtout de milieux ruraux, y auront-elles accès ?
En ce qui me concerne, je dois dire qu’un facteur essentiel a joué dans ma
propre réussite
scolaire. Il s’agit de la motivation des femmes des générations antérieures. Les premières
femmes que j’admirais, mes grand-mères ou ma mère et ont joué un rôle essentiel dans ma
motivation. Elles voulaient voyager et apprendre et m’ont chargée de le faire à leur place.
Elles furent aussi conscientes de leur rôle dans la préservation de leur culture, Ces femmes me
confortèrent dans l’idée que je devais être à mon tour un des maillons entre le passé et le
futur. La seule tradition que nous ayons est de nous adapter sans cesse à des environnements
nouveaux. Si aujourd’hui l’image est devenue un élément essentiel de la mondialisation, nous
avons le devoir de la maîtriser et de savoir l’utiliser avec en permanence une distance
critique. C’est ce qui m’a amenée à intervenir dans des écoles de mon groupe d’origine au
Maroc et à faire découvrir à des enfants l’image de l’art moderne ou contemporain,
différente des images géométriques ou végétales stylisées des anciens arts arabomusulmans.

Tatouage : encre indélibile dessin sur la peau
symétrisées sur leur corps, dans le tatouage, mais aussi avec les formes qu’elles
posaient sur la
poterie, le tissage, la broderie, etc. Ces formes étaient principalement créées par des
femmes, Désormais, nous avons de nouveaux supports, le papier, la toile, voire le film ou la
vidéo et nous avons de nouveaux outils, la peinture à l’huile, le fusain, l’acrylique, etc. Notre
devoir est de nous emparer de ces moyens pour éprouver d’abord le plaisir de la création,
ensuite de nous voir en créatrices de beauté et en éprouver de la fierté, si ce n’est une
dignité, pour établir un nouveau moyen de communiquer avec nous-mêmes, mais
également avec les autres.
Maitriser ces nouvelles images, c’est donc assurer une nouvelle liberté dont ne
disposaient
pas les anciens artisans. Il est essentiel de donner aujourd’hui cette maîtrise et cette liberté
aux jeunes ruraux, garçons ou filles. Et pour cela, il faut leur donner des exemples, les guider
ensuite dans la création collective, susciter leur imagination et leur permettre la
communication avec eux-mêmes et les autres avec d’autres messages de type
iconologique indépendants de la parole articulée ou de l’écriture.
L’image permet d’exprimer ce que les mots, sauf cas exceptionnel des lapsus, ne
disent pas
habituellement. C’est l’inconscient qui s’exprime et dont on peut prendre conscience
comme on peut le faire à partir du contenu de ses rêves. On ajoute ainsi des outils de
communication nouveaux à ceux que l’on possédait déjà et c’est cela qui rend libre.
L’image peut, en effet, contredire ce que dit la parole ou la compléter et la conforter. Le
message devient ainsi bien plus subtil qu’il ne l’était jadis. Et c’est cela qui constitue une
liberté principale et non marginale nouvelle. Il est capital que les enfants, en particulier les
petites filles de nos campagnes puissent acquérir cet outil inconnu auparavant.
En revenant récemment au Maroc, à travers ces paysages de plateaux, au détour d’un son,
d’un mot ou de petites phrases, parfois en respirant un parfum, j’ai senti monter en moi de
grandes bouffées de souvenirs qui me rappelaient la petite-fille que je fus et surtout les
injonctions de mes grands-mères qui me suppliaient d’aller explorer le vaste monde, ce
qu’elles n’avaient pu faire.
Je me souvenais des contes populaires et de ce qui était dit à travers le chant
et la musique,
dans la littérature orale transmise pendant des siècles dans nos montagnes. Les travaux des
hommes et des femmes étaient le plus souvent différenciés, mais ont toujours été reconnus
comme étant de valeur égale. Les femmes pouvaient être propriétaires de patrimoines
qu’elles pouvaient transmettre comme je l’ai vu avec les femmes de ma famille et de ma
tribu alors que le droit nouveau qu’on nous a imposé récemment de l’extérieur fait la part
belle aux hommes.
C’est la raison pour laquelle j’ai le devoir de donner à d’autres, dans les écoles de ma
communauté humaine d’origine ce qu’on m’a transmis. Cela me paraît d’une absolue
nécessité, car ces jeunes enfants vont aussi m’enrichir par leurs regards, me réconforter. Et à
leur tour, ils viendront s’inscrire dans cette nouvelle aventure qui s’appelle l’art moderne, ce
qui représente en eux l’appel du futur.
Je souhaite remercier toutes les personnes qui m’ont invité
et qui
m'ont enrichie de leur articles dans la préparation de cette
conférence.
...
Questionnaire préalable proposé à
l’artiste
- Comment avez-vous eu l'idée de cette opération dans les Aït
Sadden ?
- Comme Archimède, en prenant mon bain.
- Comment avez-vous débuté dans la vie
?
- Comme bergère dans un village du Moyen-Atlas marocain dans les
années 1950. Un
militaire français est, un jour, passé par là et m’a emmenée en ville pour que je sois scolarisée
avec son fils. Quelques années plus tard, je présente un dessin à un concours en France et je
gagne le premier prix. Et je me retrouve dans l’étonnement le plus total. Peu après, je vais
suivre, dans les années 1970, des cours de dessin dans différentes écoles à Paris ou à
Versailles afin de savoir pourquoi j’avais eu ce prix. Puis ce sont mes débuts de peintre
professionnel.
- Comment se fait le contact entre les
femmes et vous ?
- Très rapidement par les contenus explicites et implicites des
dessins. Initialement, par des
mimiques discrètes ou des clins d’oeil, comme cela, les hommes présents ne perçoivent
jamais rien. Ceci montre que nous sommes toutes particulièrement intelligentes. Et par-dessus
tout, nous sommes modestes comme nous venons de le démontrer. On n’est jamais obligé
de faire savoir aux autres que l’on communique pour communiquer. Tout comme on peut
méta-communiquer sans nécessairement communiquer.

- Quelles sont les évolutions notées dans l'expression des
femmes entre le début et
maintenant 2015 ?
- Au début, quand je leur demandais si elles avaient pris des cours, elles
m’interrogeaient très
angoissées en me demandant s’il en manquait un. Aujourd’hui, elles ne réagissent plus de la
même manière. Il est effectivement préférable de ne jamais être à court de cours. Mais ce
n’est pas là qu’est le plus important. C’est d’accepter que l’on puisse créer, y compris dans
de nouveaux domaines.
- Quels sont les besoins actuels des femmes suivies
?
- Certaines disent qu’elles veulent pouvoir acheter une moto pour pouvoir se
casser. Je vois
qu’elles n’ont plus peur de mourir, mais elles ont encore besoin de préférer ne pas être là
lorsque cela arrivera.
En conclusion, je souhaite rendre hommage à ma grand-mère et
aux autres grands-mères
de m’avoir donner l’envie d’aller ailleurs et de m’avoir fourni la clé du retour.
...
La maison de l’Association
pour l'environnement et le développement
dans les Aït Sadden


...
Quelques informations supplémentaires

- Quel était globalement votre but lors de votre voyage
d’avril 2015 dans les Aït Sadden ?
- Lors de mon récent séjour dans les Aït Sadden, mon but, en offrant à des
femmes ou des
petites filles la possibilité d’un nouveau moyen d’expression, était de créer une temporalité
magique pendant la Journée mondiale de l’art, il fut de faire connaitre la culture des uns aux
autres et cela dans les deux sens.

- Pouvez-vous préciser ce que fut ce projet en avril
2015 dans les Aït Sadden ?
- Il s’agissait de bénéficier de cette infinie patience qui existait chez des
petites filles et des
femmes adultes des Aît Sadden qui avaient attendu ce qui n’arrive jamais afin de faire
comprendre à celles qui ne savent rien qu’elles en savent toujours autant que ceux qui n'en
savent pas plus qu’elles.
En clair, cela signifie que le projet était de participer à l’encadrement d’un
groupe de
femmes d’un milieu rural du Moyen-Atlas marocain, du territoire des Aït Sadden à l’est de Fès
et à l'animation de ce groupe. Elles purent tout de suite comprendre qu’elles pouvaient
s’emparer d’un nouvel outil et augmenter leurs capacités de création, donc de
communication.
Cette rencontre, organisée avec le concours du Conseil National des Droits de
l’Homme et
du Conseil Régional d'Investissement de la Région Fès-Boulemane, a eu pour thème « les
droits au développement de la femme rurale ».
Elle s’est déroulée avec la participation d’une centaine de femmes venant de
différents
douars du territoire. Plusieurs objectifs ont été visés à l’occasion de cette rencontre :
- Sensibiliser les femmes rurales à leurs droits au développement en général.
- Montrer à ces mêmes femmes les bienfaits de la scolarisation de leurs filles
afin de
lutter contre l’illettrisme d’une part et l’incapacité à produire des images d’autre part.
- Donner les moyens de prendre conscience d’inégalités et donc de lutter contre
elles.
- Sensibiliser les femmes rurales à l’intérêt de s’organiser en associations ou
en
coopératives en vue de bénéficier des offres de financement qui sont offertes par des
organismes tant nationaux qu’internationaux dans l’objectif d’améliorer leur cadre et leur
niveau de vie ;
- Sensibiliser, par la suite, les femmes rurales à l’approche du genre.

Qui sont les Aït Sadden ?
Avant même de commencer, on demeure perplexe. Convient-il de dire
les Aït Sadden ou
bien les Beni Sadden ? « Aït » désigne un groupe berbérophoe et « Beni » ne s’utilise que pour
les arabophones. Cela pose d’emblée la question de l’identité du groupe. Apparemment,
tout dépend du point de vue. Les textes en langue française du début du XXe siècle ne
parlent que des Beni Sadden, situés lointainement en montagne comme s’il s’agissait d’une
tribu arabe. Sur place, les habitants disent que l’ethnonyme « Aït Sadden » signifie les « fils de
la lumière ». Le mot « Sadden » est, plus précisément, un prénom amazigh qui dérive en effet
du mot « Assidd », « lumière ». Ce terme a un double sens, physique et métaphorique.
Il désigne d’abord celui qui se tient, le jour, en avant d’un groupe pour déceler d’éventuels
dangers. On appelle ensuite « sadden » celui qui, la nuit, porte la lumière et permet la
marche du groupe. Il est aussi celui qui fait fuir, par le chant également, les jnûn, les esprits
malfaisants, qui pourraient être des dangers pour les voyageurs nocturnes.
Un second sens symbolique de ce mot est analogue au mot arabe « hakim ». Il a pour sens, le
« sage », l’homme qui a reçu une lumière.
Cette autoperception, liée à la nomination, ne sera pas sans effets psychologiques sur les
membres du groupe et donc sur leur histoire. Plus communément, une autre étymologie est
proposée. Pour la plupart des habitants du territoire, le mot « sadden » viendrait du terme «
issaten » qui veut dire en tamazight les hommes forts, courageux et redoutables, au singulier
on dit « assad », ce qui est également le terme arabe pour dire le « lion ».


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