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" Un jour, ailleurs " ...

" Un jour, ailleurs " ...
est le titre du second tableau.
C'est toujours un rêve que d'être ailleurs tout en étant là. Par un tel
titre, on peut évoquer un voyage virtuel qui permet d'être ici et ailleurs en
même temps. C'est utopique, sauf pour ceux qui sont dotés du don d'ubiquité.
J'y suis, mais je n'y suis pas, et je rêve d'y être. Je rêve déjà
d'y être alors que je n'y suis pas.
Ce titre, en réalité, fait référence à Antonello de Messine.
Cela fait longtemps que ce peintre fut un maître dans mon parcours personnel. Il eut la
chance de ne pas avoir une trop forte éducation à Naples. Il se mit donc à
fréquenter les maîtres flamands présents dans sa ville, mais aussi les
peintres catalans.
Un romancier a même imaginé qu'il est parti en Flandres pour y chercher les secrets
des pigments lorsqu'apparaît la peinture à l'huile.
Antonello tirera des leçons des créations de Piero Della
Francesca. Il s'informe des nouvelles règles de la perspective qui lui viennent de
Florence et il se lance à la découverte de chromatismes nouveaux. Ces voyages, je
les ai vécus avec Antonello car la volonté de ce peintre m'a toujours
intriguée. Ce que j'ai trouvé d'admirable dans sa vie, ce voyage vers la Flandre
pour rencontrer Van Eyck pour aller chercher le secret de la lumière et la matière
flamande, celui –ci lui a ouvert son cœur, son armoire à talent.
Il s'est approprié cette technique et il a ensuite dévoilé ce secret de la
diffusion de la lumière dans des couches de peinture à la fois colorées et
translucides. Ce sont là des effets qu'aucune autre technique picturale ne peut
réaliser. La lumière semble venir du dessous de l'œuvre et non de
l'extérieur, c'est comme si on mettait une vitre sur une couche plus opaque,
constituée de détrempes, qui diffuse la lumière qu'elle reçoit. On
crée alors des illusions de reliefs autrement que par les contrastes de couleurs ou par les
lois de la perspective.
Pour découvrir cette technique qui, chez Antonello, procédera par des couches
d'huile mises sur d'autres couches d'huile, ce que les Flamands ne faisaient pas, il fallait
changer sa manière de voir.
Il fallait aussi rendre les huiles plus siccatives, par leur chauffage ou l'ajout de sels de
plomb, pour accélérer le séchage et pouvoir ainsi superposer diverses couches
de peinture. Il fallut aussi y ajouter de la résine, parfois des émulsions à
la colle, pour les rendre plus transparentes.
Je me suis souvent dit, alors que je travaille dans mon atelier que cette
découverte de la nécessité de superposer deux couches, une première
opaque, l'autre transparente pour mieux rendre mimétique l'image fut une découverte
essentielle. Chaque fois que j'y pense, j'ai conscience qu'il est pour moi particulièrement
léger et prétentieux de dire que je suis peintre. En effet, aujourd'hui, je n'ai
qu'à appuyer sur des tubes pour obtenir ces effets qui perdurent même après
l'abandon de la figuration. Il y a là une espèce de facilité alors que, ces
peintres du passé furent sans cesse dans la recherche et dans la difficulté. Et
c'est pour cela qu'ils savaient peindre.
Aussi chaque fois que je peins, je ne peux pas ne pas penser aux peintres du quattrocento partis
à la recherche de pigments ayant des indices de réfraction identiques à ceux
de leurs liants, ce qui n'existe toujours pas, d'où le recours aux médiums. Et
là, les techniques deviennent de plus en plus complexes. Pour approfondir la couleur
j'utilise les pigments pures pour mes gammes, ainsi apprivoiser la poudre et les liants.
Andrea Del Verrocchio est un autre artiste qui m'a également
fasciné. Ce peintre est devenu sculpteur à cause du génie de son
élève, Léonard de Vinci. Andrea Mantegna est aussi un de mes maîtres.
Grâce à lui, on est arrivé à peindre sur des toiles, alors
qu'auparavant, on ne le faisait que sur du bois. On eut alors successivement recours au tissu, au
lin, avant d'arriver à la toile. Ces gens accomplirent tous un travail extraordinaire de
recherche. Et nous, nous devons reconnaître que nous n'avons rien trouvé. Nous ne
travaillons même plus en groupe comme les artistes de Cobra ou certains expressionnistes. On
nous met artificiellement dans des mouvements, mais nous ne sommes pas vraiment dans des
mouvements.
Ariane Essor a fait le rêve d'assurer à nouveau la promotion de vrais mouvements
à travers le monde. Sans doute, cela relève-t-il de l'utopie. Mais les peintres de
ce groupe peuvent-ils au moins constituer un réseau efficace ? Nous avons exposé, en
1994, aux Palais des Nations-Unies à Genève. Nous avons ensuite été
invités par la Galerie Patronat en Indonésie. J'essaye actuellement d'organiser une
exposition collective au Maroc et à Venise.
Une remise en question permanente que je recherche car il ne sert à
rien d'exposer pour exposer. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il y ait une interrogation et une
critique, qu'elle soit un jugement, négatif ou positif, ou qu'elle échappe
effectivement à tout jugement.
Mon rêve secret, dois-je l'avouer, serait d'aller écouter Madame Butterfly, cet
opéra de Giacomo Puccini chanté dans les arènes de Vérone, et faire
des croquis au sein de la chapelle Sixtine à la basilique saint Pierre en passant par les
chambres de Raphaël pour visiter ses œuvres les plus célèbres.
C'est là que l'on peut contempler dans la chapelle Sixtine le plafond et le Jugement
Dernier peint par Michel-Ange, tandis que les parois latérales de la Chapelle Sixtine sont
de Botticelli, Pérugin, Rosselli, Ghirlandaio, Signorelli.
A la Villa Borghèse les œuvres de Raphaël et du Titien, du Caravage, du
Corrège, de Lucas Cranach et d'Antonello de Messine.
Siham Jbilou
Traductrice Interprète Assermentée à Rabat MAROC
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